8 documentaires dévoilent la face obscure du numérique

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Guerre sanglante, décharges à ciel ouvert, surconsommation énergétique… Les 8 documentaires projetés lors du festival « Environnement et numérique » le 13 et 14 avril 2019 sensibilisent à la face cachée – et peu glorieuse – de la filière numérique et électronique.

Le numérique n’est pas une industrie responsable. Elle pollue la planète et tue des êtres humains. Vous n’en saviez rien (ou pas grand-chose) ? Séance de rattrapage les 13 et 14 avril à la première édition du festival « Environnement et numérique », organisé par Point de M.I.R, la Maison de l’informatique responsable, à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris. Au programme : la projection de 8 documentaires, qui s’efforcent de dévoiler la partie immergée et peu reluisante de l’économie numérique et électronique. Pour pousser la réflexion, les projections seront rythmées par quatre tables rondes.

Welcome to Sodom

Plongée dans la décharge d’Agbogbloshie au Ghana, le terminus des ordinateurs, smartphones, moniteurs et autres déchets électroniques du monde entier. Pendant 1h30, Florian Weigensamer et Christian Krönes montrent le quotidien des 6 000 personnes, dont beaucoup d’enfants, qui gravitent autour de la décharge. Ils récupèrent de petits éléments en métaux parmi les déchets afin de les revendre pour trois fois rien. Il travaillent et vivent entre les flammes et l’odeur de plastique brûlé. Une atmosphère pas si éloignée de l’enfer. D’où le nom « Sodom » que les habitants donnent à ce lieu. Le film sera projeté pour la première fois en France dimanche 14 avril.

Blood In The Mobile

Cela pourrait être le scénario d’un thriller Hollywoodien. Un journaliste remonte la filière des minerais que l’on trouve dans nos téléphones portables et se retrouve confronté aux pires atrocités. Son but : révéler les liens entre l’exploitation des minerais et les guerres de gangs armés qui tuent chaque année 5 millions de personnes en République démocratique du Congo (RDC). Le film commence lors d’un salon de téléphonie mobile européen. On y voit Frank Piasecki Poulsen chercher des réponses auprès des salariés de Nokia. Langue de bois et évitement : c’est tout ce qu’il obtient. Il décide de partir en RDC et se rend au cœur des mines, pour dévoiler la réalité de cette guerre au péril de sa vie. Frank Piasecki Poulsen sera présent au festival Environnement et Numérique dimanche 14 avril.

Internet, la pollution cachée

Pour ceux qui en doutent encore, envoyer un mail, regarder une vidéo sur YouTube ou consulter un profil Instagram est loin d’être indolore pour la planète. Et ce documentaire le démontre très bien en dévoilant les infrastructures derrière l’apparente immatérialité du numérique. Les réalisateurs Coline Tison et Laurent Lichtenstein racontent l’histoire d’un nouveau-né et de son « double numérique », qui pèse dès son premier mois 1 giga de données (photos, faire-parts, playlists). Ces kilos de data nécessitent des infrastructures pour circuler. Les câbles immergés sous la mer, les centres de raccordement et surtout, les data centers. Ces usines du web nécessitent des climatiseurs 24h/24h pour ne pas surchauffer. Une avalanche de chiffres assomme le spectateur : 10 milliards de mails envoyés chaque heure équivalent à la consommation de 15 centrales nucléaires, Google exige la même énergie en continu que Bordeaux, un data center consomme l’électricité de 30 000 habitants… « Ces chiffres sont à revoir car les choses ont évolué depuis 2013 (date de distribution du film, Ndlr). L’efficacité énergétique des data centers a été améliorée. Mais en parallèle, le nombre de données a explosé. Donc le message reste pertinent », précise Bela Loto, coordinatrice de Point de Mir.

La sale guerre des terres rares

La face cachée du numérique c’est aussi un conflit géopolitique. Son origine ? Les terres rares, ce « pétrole du XXIème siècle », comme l’appelle la voix off de ce film, réalisé par Guillaume Pitron et Serge Turquier en 2012. L’industrie high-tech en est complètement dépendante. Mais un seul pays, la Chine, contrôle la quasi-totalité de la production de ces métaux rares, omniprésents dans les appareils électroniques. Les autres pays, Japon et États-Unis en tête, tentent de contrer ce monopole en multipliant les explorations. L’extraction de ces métaux est coûteuse et surtout désastreuse pour l’environnement.

Prêt à jeter

L’obsolescence programmée a fait irruption dans notre vocabulaire il y a quelques années. Mais le concept est bien plus vieux. Il date des années 1920. Une époque où les ressources paraissaient encore inépuisables. Le but des produits « prêts à jeter » ? Pousser la consommation. Problème : cette façon de concevoir, peu adaptée à la catastrophe écologique annoncée, a rarement été remise en question par les industriels. C’est ce que raconte ce documentaire passionnant (et déprimant) qui s’appuie sur l’histoire de différents produits. De l’ampoule électrique à l’iPod. « La projection sera suivie d’une table ronde, durant laquelle il sera rappelé que l’obsolescence n’est pas seulement programmée, elle est aussi évolutive. On décide parfois de changer d’objet, même quand il n’est pas en panne. La responsabilité entre fabricants et consommateurs doit être partagée », rappelle Bela Loto.

La tragédie électronique

On pourrait presque le voir comme la suite du précédent. C’est d’ailleurs la même réalisatrice qui est aux commandes : Cosima Dannoritzer. Où vont tous les déchets électroniques produits par nos appareils « prêts à jeter » ? Sont-ils recyclés ? Beaucoup échouent dans les pays en développement, au Ghana et au Nigeria notamment. Très loin de leurs lieux d’utilisation d’origine. Ils sont traités par les populations locales dans des conditions sanitaires déplorables. Pourquoi se retrouvent-ils ici ? Un journaliste ghanéen, que l’on suit durant le documentaire, remonte (difficilement) jusqu’aux premiers propriétaires des ordinateurs qui ont fini leur vie dans son pays pour le découvrir. On découvre au fil du film toutes les failles de la filière du recyclage électronique.

Pérou, la mine à tout prix

L’or et le cuivre sont des matériaux couramment utilisés pour fabriquer les composants électroniques. Au Pérou, l’extraction de ces ressources est devenue l’un des principaux moteurs de croissance. Le film de Géraldine Duquenne montre que ce moteur ne profite pas tous. Ni à certains hommes, ni à l’environnement.

Behind the Screen

Acheter un ordinateur peut être lourd de conséquences. Le film de Stefan Baumgartner retrace l’ensemble du cycle de vie de l’objet, du processus d’extraction du minerai à la fabrication et à l’utilisation du produit jusqu’à son élimination finale. Sorte de résumé des autres films du festival pour ceux qui ont peu de temps.

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