La RDC augmente ses taux d’intérêts pour lutter contre la chute du franc congolais

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La Banque centrale de la République démocratique du Congo (RDC) a plus que doublé ses taux d’intérêt vendredi 14 août, les faisant passer de 7,5% à 18,5% afin de lutter contre l’inflation et la dépréciation monétaire. Depuis le début de l’année, le franc congolais dévisse et la Banque centrale multiplie les interventions pour tenter de le stabiliser. La cause de cette faiblesse tient d’abord aux dépenses budgétaires qui ne cessent de croître et ne sont pas compensées par des recettes correspondantes.

L’objectif de la Banque centrale de RDC est de réduire la masse monétaire. Depuis le début de l’année, elle ne cesse de croître, ce qui entraîne de l’inflation et une baisse du franc congolais par rapport au dollar. Après les ventes de devises opérées ces derniers mois, la hausse des taux est un autre moyen pour la Banque centrale d’assécher la masse de francs congolais en circulation.

Cette hausse permet à la BCC de vendre aux banques privées des bons du Trésor bien mieux rémunérés qu’avant, expliquait vendredi 14 août le gouverneur de la Banque centrale, Deogratias Mutombo, au cours d’un webinaire organisé par le laboratoire d’idées Makutano : « Les banques vont acheter nos bons BCC rémunérés à 18%, donc cela va attirer les banques et va nous permettre de ponctionner davantage la liquidité. Quand nous avons vendu des devises, nous avons ponctionné au moins 44 milliards [de francs congolais]. Et quand nous vendons les bons de la BCC, là les banques viennent acheter. Je crois que nous sommes autour de 40 milliards ponctionnés déjà. »

Mais les mesures monétaires ne suffiront pas à stabiliser le franc congolais, assure Deogratias Mutombo, tant que l’État ne réduira pas ses dépenses. En fait, l’État a emprunté en début d’année pour boucler son budget auprès de la Banque centrale, mais en raison de la faiblesse des recettes, il ne l’a pas remboursée, ce qui s’est traduit par une création monétaire importante. José Sele Yalaghuli est le ministre congolais des Finances, interrogé au webinaire Makutano. « Je voudrais vous donner le niveau du déficit enregistré à la fin de l’exercice 2019 qui était de 455 milliards pour toute l’année 2019, a-t-il déclaré. Mais pour le premier semestre 2020, nous sommes à un niveau de déficit de 886 milliards. Cela veut dire quoi ? Que c’est une création monétaire ex nihilo. »

Augmenter la pression fiscale ?

La question des dépenses publiques est éminemment politique et les argentiers congolais avouent eux-mêmes avoir les mains liées. L’une des solutions pour accroître les recettes budgétaires, et donc réduire l’inflation, serait d’augmenter la pression fiscale, mais les patrons montent au créneau. « Est-ce qu’il y a encore de la marge pour augmenter les recettes du côté du secteur privé ? demande Albert Yuma, qui dirige la FEC (Fédération des entreprises du Congo). Je le dis très clairement : non. Vous ne pouvez pas augmenter la pression fiscale sur le petit groupe de contribuables que sont les membres de la FEC. À un moment donné, un citron, vous le pressez, et il n’y a plus de jus ! Donc, aujourd’hui, s’il n’y a pas une volonté de maîtriser la politique budgétaire, les gens vont fuir ! »

La RDC va-t-elle devoir passer par une cure d’austérité budgétaire ? La question est sur toutes les lèvres. En attendant, le ministère des Finances et la Banque centrale colmatent les brèches comme ils peuvent. Ils vont conclure un pacte de stabilité afin de coordonner leurs efforts.

EL SENATOR

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